UN NOUVEAU TEST DE SENSIBILISATION

Nouveau test auditif pour une meilleure compréhension dans le bruit

Cette gêne auditive, évoquée par des millions de patients de tous âges, se manifeste dans la rue ou dans les magasins, au bureau, au marché, au restaurant ou au cours d’un repas familial.
Dans ce contexte de bruits ambiants fluctuants masquants, ils avouent ne pas comprendre ce qu’ils entendent… En revanche, dans le silence, leur compréhension de la parole est souvent normale.


Un nouveau test auditif permettra à tous ceux qui ressentent cette gêne auditive de la vérifier et de l'évaluer : Liste des centres pour prendre rendez-vous
Conçu sur la base des travaux de recherche fondamentale auxquels Entendre est pleinement associé, ce test propose de mettre la personne en situation de bruits fluctuants masquants (les plus proches de la réalité de la vie quotidienne).



DANS UN BUT DE SANTÉ PUBLIQUE, LE RÉSEAU ENTENDRE DÉCIDE DE DIFFUSER CE TEST AUDITIF À TOUS LES MÉDECINS ORL DE FRANCE ET CE, DÈS LA RENTRÉE 2007.



DANS LE MÊME TEMPS ET, CETTE FOIS, À VISÉE DE SENSIBILISATION DU PUBLIC ET D'AIDE AU CHOIX PROTHÉTIQUE, UNE VERSION ADAPTÉE DE CE TEST SERA DISPONIBLE GRATUITEMENT À PARTIR DU 15 SEPTEMBRE 2007, DANS LES 240 CENTRES DU RÉSEAU ENTENDRE.


*GRAEC, Groupement de recherche en audiologie expérimentale et clinique désigné comme partie d'un pôle d'excellence français pour la recherche sur la malentendance.

Une grande avancée scientifique

Pour tous ceux qui ne comprennent plus ce qu’ils entendent en milieu bruyant, les travaux du CNRS/GRAEC apportent désormais un élément de réponse.

UN DÉFAUT D’AUDITION DIFFICILE À SITUER
Devant la télévision ou au cinéma, si les acteurs parlent sur une musique de fond, je n’arrive pas à suivre les dialogues. Avec l’âge, je me demande si ça vient d’une baisse de concentration. Pourtant, je crois bien à un défaut d’audition que je ne parviens pas à situer. J’aimerais beaucoup que l’on me l’explique.
Anne-Marie Goldstein, Paris
FAIRE TOUT LE TEMPS RÉPÉTER
Il suffit qu’il y ait des bruits autour de moi, des voitures dans la rue, dans le train ou même en famille, par exemple à Noël, pour que je ne comprenne plus rien à ce que l’on me dit. Du coup, je demande à mes interlocuteurs de répéter systématiquement, ce qui finit toujours par agacer.
Sylvain Marchand, Amiens
J’AI ATTENDU VINGT ANS
Vers 50 ans, j’ai fini par renoncer aux soirées en tous genres. Je me sentais noyé dans le brouhaha sans pouvoir participer normalement à une conversation. Pendant vingt ans, j’ai fait « avec ». Finalement, je me suis convaincu de consulter un ORL. Après tout, quand on ne voit pas bien, on achète des lunettes. Pour les oreilles, ça devrait être aussi évident !
Guy Biéret, Cannes

Le professeur Christian Lorenzi, responsable de l’équipe Audition du laboratoire Psychologie de la perception (CNRS/Université Paris V) et du département d’Études cognitives de l’École Normale Supérieure de Paris, également directeur du GRAEC (voir page 6), a montré que les difficultés de « démasquage »* de la parole en milieu bruyant, exprimées par de nombreux patients, seraient la conséquence d’une incapacité à percevoir la structure fine de la parole (fluctuations rapides des sons, de l’ordre de quelques centaines à quelques milliers de Hertz).
Ces difficultés s’expliquent par une lésion de l'oreille interne.


Cette découverte a été publiée en novembre 2006, dans la revue PNAS (Proceedings of the National Academy of Sciences of the United States of America) :

Consulter l'article en ligne

* Le bruit « masque » et occulte la parole. En temps normal, le système auditif est capable de percer le bruit, de le nettoyer, pour « extraire » la parole et rendre compréhensible une conversation. Cette faculté s’appelle le « démasquage ».



L’intelligibilité de la parole est liée à la capacité de démasquage de chacun -- Christian Lorenzi



La gêne auditive, évoquée par les nombreux patients, s’illustre par le fait qu’ils ne parviennent plus à « extraire » le contenu de ce qui leur est dit dans le contexte des bruits ambiants de la vie quotidienne alors que, dans le silence, le phénomène ne se produit pas. Dans le bruit de la vie quotidienne, la parole, pour eux, devient « masquée ». C’est donc leur capacité de « démasquage » qui est altérée.

Cette gêne pourrait signifier des troubles attentionnels, d’ordre général, ou encore le signe de troubles auditifs dits « centraux », affectant les centres nerveux auditifs.
Or, il s’avère que ces patients sont bel et bien touchés par les premiers signes d’une lésion de la cochlée (l’oreille interne), provoquant une perception dégradée des sons en situation de bruits ambiants.


L’explication tient dans la nature des indices acoustiques impliqués dans l’intelligibilité de la parole. La parole se décompose en deux éléments majeurs au sein de chaque bande fréquentielle : la structure temporelle fine, correspondant à des fluctuations très rapides du son, de l’ordre de quelques centaines à quelques milliers de Hertz, et l’enveloppe temporelle, correspondant aux fluctuations plus lentes (par rapport à la structure fine), de l’ordre de quelques Hertz.

La lésion cochléaire provoque une perte de la perception de la structure temporelle fine de la parole et, tout naturellement, les personnes concernées se reportent sur l’enveloppe temporelle pour entendre les sons. Or, ces fluctuations d’enveloppe suffisent pour permettre une bonne intelligibilité dans le silence mais sont insuffisantes en présence de bruits.

En effet, pour comprendre la parole en présence de bruits ambiants (des bruits généralement fluctuants en intensité), nous écoutons dans les « vallées » temporelles du bruit, aux endroits où le bruit est faible et peu masquant. Mais pour entendre dans ces vallées du bruit, les informations de structure fine semblent nécessaires car elles fournissent les informations mélodiques indiquant la présence de parole dans la vallée.

« LES TRAVAUX DU GRAEC AUGURENT D’UN NOUVEAU BOUILLONNEMENT EN MATIÈRE DE TECHNIQUES PSYCHOACOUSTIQUES »
Un point important de ce projet consiste à évaluer les bénéfices des implants cochléaires actuels. Ce projet permettra de clarifier l’origine des troubles de reconnaissances des signaux sonores (déficit d’intelligibilité, perception dégradée de la musique). Il pourra aussi fournir de nouveaux outils d’évaluation et de dépistage de la surdité cochléaire. Enfin, il autorisera le développement de nouvelles stratégies de codage pour prothèses et implants.
Christian Lorenzi dans une cabine audiométrique utilisée pour la passation de protocoles de recherche en psychacoustique.


De la recherche à l'application




Pour comprendre le fonctionnement de l’intelligibilité de la parole, il faut la décomposer.

Dans le schéma 1, les signaux de parole (ici, le son /aba/, voir le graphe du haut) présentent deux formes d’informations acoustiques : des fluctuations d’intensité lente et de quelques Hertz (l’enveloppe temporelle du signal est représentée dans le graphe du milieu) et des fluctuations rapides, de quelques centaines à quelques milliers de Hertz (la structure temporelle fine est représentée dans le graphe du bas).

Les chercheurs sont parvenus à cette décomposition grâce au développement d’un vocodeur, outil qui permet de dégrader sélectivement ces deux composantes temporelles de la voix (ou d'un autre son) et de fabriquer un son synthétique à partir du résultat de cette dégradation sélective.

Testé sur des malentendants, le vocodeur a mis en évidence que la déficience auditive en milieu bruyant n’affecte pas la perception des informations d’enveloppe temporelle (notée "env" sur le schéma 2) mais celle des informations de la structure temporelle fine (notée "sf" sur le même schéma). Ce schéma signale aussi que, dès un niveau modéré de perte auditive, les capacités de codage des informations rapides du système auditif sont altérées. Or, ces capacités sont cruciales pour l’intelligibilité dans le bruit et la perception mélodique.

Ces travaux ont été réalisés par les chercheurs du GDR GRAEC, en partenariat avec le réseau d’audioprothésistes Entendre.



Un premier pas vers un nouveau test auditif


Les équipes du professeur Christian Lorenzi ont, par la suite, conçu un test de démasquage de la parole dans les bruits fluctuants fondé sur les résultats précédents. Ainsi, ces derniers ont permis la mise au point d'un outil de diagnostic simple d’utilisation, pratique et rapide pour chaque patient.

Dans le schéma 3, l’intelligibilité de la parole (ici, le son /aba/, voir le graphe situé en haut, à gauche) est fortement améliorée lorsque le bruit de fond est fluctuant (voir les deux graphes du bas) plutôt que stationnaire (graphe du haut, à droite). Ce phénomène de démasquage de la parole semble corrélé à notre capacité à « écouter dans les vallées » spectro-temporelles du bruit masquant.

Enfin, les études par vocodeur, menées au sein du GRAEC, démontrent qu’une perte auditive cochléaire réduit fortement cette capacité de démasquage, cette réduction étant causée par une dégradation de la perception des informations de structure temporelle fine et des informations spectrales.

www.Entendre.fr    © Copyright 2007